entete
Accueil
S'inscrire à
la lettre de l'Epco

Agenda
Enseignements
Bibliothèque
L'Ecole Psychanalytique
du Centre-Ouest
L'Association Lacanienne
Internationale
Publications
Liens Divers
Espace Membres
ligner

Le désirautre

    Plusieurs sont sensibles à l'enjeu dont la psychanalyse est aujourd'hui le lieu.
    Le discours psychanalytique en effet, est-il capable de défaire une bonne fois le fantasme dont se fonde et se propage notre civilisation du malaise ? Peut-il faire que soit remisées au rayon de la préhistoire les aliénations dont s'énamoure le pariêtre et la psychose sociale qui norme son économie ? L'analyse de sa pathologie, ce qu'il pâtit d'être créature du langage, est-elle apte à un terme ?
    On tremble à l'idée que ce soit l'espace plutôt mini du divan qui creuse un appel solitaire d'une telle ampleur et, en outre, chez qui venait pour presque rien, juste un symptôme noué à quelque défaut sexuel dont les bonnes mSurs voulaient qu'on l'affecte jusqu'ici au compte de la dette.
    Il est vrai qu'on est secoué davantage lorsque le désirautre fait tempête de sortir d'une gorge collective criant la révolte d'un corps social et qu'on sait par cSur (saignant) le type de beau temps encore mieux fixé que celle-ci précède.
    Alors, s'il est exact que ce soit d'un discours que se tisse le lien social, pourquoi ne pas attendre des effets, fût-ce de déliaison, du discours psychanalytique ?
    Il est vrai que s'il fallait voir une intention délibérée dans la succession que Lacan aurait voulu imposer à ses élèves, il faudrait en conclure que lui-même avait perdu espoir et qu'à l'aspiration d'indécrottables esclaves, soucieux que ça tienne et que ça marche, il avait répondu généreusement par la donation de petits chefs.
    Quelle que soit l'interprétation qu'on en fera, elle ne dispense pas ses élèves du soin de mettre à l'épreuve, entre eux, un dénouage social.
    Vus de cet Sil, les avatars de notre ancienne École freudienne de Paris paraissent clairs. Il apparaît que la disputatio y avait pour objet non la théorie, comme on l'aurait voulu, mais l'obtention de " valeurs " (narcissiques, par exemple) inconsistantes avec elle. L'inconvénient de celles-ci est de répondre à la tension suscitée en chacun par l'analyse en proposant une sagesse, une ars vitae contradictoire avec le plus élémentaire de l'enseignement de Freud.
    C'est pourquoi il n'y a rien à attendre, hélas, de groupes qui vivent de tels bénéfices pour se défendre contre l'analyse même.
    Une suspicion légitime objecte pourtant à ce désirautre. Pourquoi en effet ne pas l'interpréter comme surgeon d'une volonté puérile de subvertir l'ordre phallique, et encore, symétriquement, de prôner un ordre Autre spécifiquement féminin, bref comme un symptôme traditionnel ?
    La réponse est évidemment incluse dans la question qui ne s'imposerait pas sans le Réel de la structure. Celui-ci propose sa sollicitation au temps de la passe, lorsque la défection du fantasme suspend un moment la sujétion et avant que sa restitution ne creuse de nouveau le sillon. Au sujet qui re-naît de cet acte, s'offre dès lors un choix : accomplissement, de type stoïcien mais mieux avisé, de " la nature " qui le régit ou bien quête de l'ordre autre qui romprait enfin un si malheureux et pseudo " naturel ", car qui pour dire qu'il est nécessaire ?
    Le discours psychanalytique ne se prononce pas sur le choix mais conduit chacun à prendre son parti, fût-ce en rêvant, d'un possible désirautre.

Ch. Melman, septembre 1982